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Le Psautier de Jeanne de Laval n’est pas à proprement parler un manuscrit liturgique, puisqu’il n’est pas destiné à la récitation de l’office communautaire d’une église. Il a néanmoins conservé certains traits issus des psautiers destinés au culte.
Calendrier : Psautier de Jeanne de Laval, f. 4_ En premier lieu, la présence d’un calendrier en tête du manuscrit (f. 4 à 9v) est une imitation des livres liturgiques (psautiers, sacramentaires, missels, bréviaires et ordinaires). Simple imitation car, à l’instar de ce qu’on l’observe souvent dans les livres d’heures, chaque jour de l’année est pourvu d’un nom de saint. Autre différence avec les véritables calendriers ecclésiastiques, les fêtes ne se distinguent ici par aucune mention précisant le « rit » de l’office, c’est-à-dire les caractéristiques du culte ou du chant établissant une hiérarchie entre les fêtes (3 ou 9 leçons à matines, office semi-double, double, etc.). Ces listes de noms alternativement bleus et rouges ne sont interrompues que par quelques lignes inscrites à l’or : il s’agit des fêtes du Christ, de la Vierge, de saint Jean Baptiste, des apôtres et évangélistes, et de quelques grands saints universellement honorés comme saint Laurent, saint Martin, saint Denis ou Marie Madeleine. Ce calendrier pourrait être inspiré de ces modèles parisiens qui servent à la confection des livres d’heures (voir bibliographie, Perdrizet). Seule ressort, comme une inflexion de l’ouest de la France, la fête de saint Eutrope, évêque martyr de Saintes, mise en valeur par des lettres dorées au 30 avril (f. 5v : Saint Eutrope evesque et martir). Mais cette particularité pourrait aussi être l’effet de la dévotion personnelle du commanditaire pour ce saint, dont le culte fut adopté dès la fin du XIIIe siècle par plusieurs membres de la dynastie royale (voir Perdrizet, p. 125-126) et devint particulièrement populaire à la fin du Moyen Âge.
Les trois colonnes de gauche du calendrier sont aussi empruntées au calendrier liturgique (pour plus d’explications, voir le chapitre sur le calendrier dans l’Initiation aux manuscrits liturgiques) :
– à gauche, la suite discontinue de chiffres correspond au nombre d’or, qui donne l’emplacement des nouvelles lunes sur un cycle de 19 ans ;
– les séquences de lettres, de a à g, répétées dans la colonne adjacente permettent de repérer les dimanches d’une année donnée : ce qu’on appelle la lettre dominicale ;
– enfin, la datation d’après le calendrier civil romain, en usage dans l’Eglise latine, qui décompte les jours en rétrogradant à partir des nones, ides et calendes.

La répartition des 150 psaumes en huit sections, signalées par des initiales chargées d’emblèmes, est aussi une référence au psautier liturgique. En effet, l’office divise les psaumes en huit partie principales. Les sept premières distribuent les matines des jours de la semaine :
– pour le dimanche, à partir du psaume 1 Beatus vir au f. 22 ;
– puis pour le lundi à partir du psaume 26 (27) Dominus illuminatio mea au f. 41v ;
– pour le mardi à partir du psaume 38 (39) Dixi custodiam au f. 54v ;
– pour le mercredi, à partir du psaume 52 (53) Dixit insipiens au f. 66v ;
– pour le jeudi, à partir du psaume 68 (69) Salvum me fac au f. 78v ;
– pour le vendredi, à partir du psaume 80 (81) Exultate au f. 93v ;
– et pour le samedi, à partir du psaume 97 (98) Cantate au f. 107v ;
La huitième et dernière section rassemble les psaumes servant à vêpres (l’office du soir) pour tous les jours de la semaine, en commençant par le dimanche avec le psaume 109 (110) Dixit Dominus au f. 122. On désigne cette répartition sous le nom de psautier férial, le terme de « férie » signifiant « jour de la semaine ». Quant aux psaumes chantés à laudes et aux des petites heures (prime, tierce, sexte, none et complies), leur choix est indépendant de ce découpage.
A la division fériale s’ajoute souvent la tripartition dite « biblique », en trois lots égaux de 50 psaumes, qui complète la précédente en faisant ressortir les psaumes 51 (52) Quid gloriaris, et 101 (102) Domine exaudi. Or ces deux sections supplémentaires ne sont pas signalées dans le Psautier de Jeanne de Laval auf. 66 ni au f. 109. Pourtant, on peut supposer que les dix sections cumulées du psautier férial et du psautier biblique sont à l’origine du programme iconographique en dix miniatures à pleines pages, insérées entre le calendrier et le psautier (à partir du f. 11). Les épisodes de la Passion du Christ, auxquels sont ajoutés ici ceux de la Résurrection (f. 18), de l’Ascension (f. 19) et de la Pentecôte (f. 20), servaient depuis le XIIIe siècle en effet, concurremment au programme iconographique parisien, à enluminer des psautiers et, par extension, certains livres d’heures (voir bibliographie Ziekiewicz-Kotz). Cette volonté de limiter l’iconographie à dix unités malgré l’insertion de trois éléments supplémentaires a entraîné à deux reprises la contraction du cycle de la Passion par l’emploi de compartiments aux f. 12 et 13 où sont juxtaposées plusieurs scènes. Pourquoi avoir procédé à cette réduction du récit, qui nuit à l’unité formelle des miniatures ? Etait-il du reste prévu dès l’origine de constituer cette véritable galerie de peintures, dont les versos sont restés vierges, en la détachant complètement du texte qu’elle précède ? Ou bien s’est-on avisé trop tard que la division « fériale » du psautier en huit sections, oubliant les deux scansions supplémentaires du psautier « biblique » et les ruptures de texte indispensables à leur insertion, empêchait de les y intégrer de manière harmonieuse ? Le scribe a-t-il travaillé indépendamment de l’enlumineur sans que les deux se consultent ? Ou a-t-il fallu se contenter d’insérer les peintures dans un manuscrit déjà copié et qui ne répondait pas au programme iconographique commandé ?
Les autres vestiges liturgiques de ce psautier se trouvent à la fin du manuscrit, où l’on trouve plusieurs éléments issus de l’office canonial. Premièrement, les cantiques appelés bibliques, parce qu’inspirés des passages de l’Ancien Testament. Ceux-ci étaient chantés à laudes et étaient distribués selon les jours de la semaine :
– le dimanche, le cantique des Trois enfants Benedicite, tiré du livre de Daniel (f. 160 : canticum trium puerorum) ;
– le lundi, le cantique d’Isaïe Confitebor tibi (f. 151v : feria secunda, canticum Ysaye) ;
– le mardi, le cantique d’Ezechiel Ego dixi (f. 152 : feria tertia, canticum Ezechie)
– le mercredi, le cantique d’Anne Exultavit cor meum (f. 152v : feria quarta, canticum Anne) ;
– le jeudi, le cantique de Moïse Cantemus Domino (f. 153v : feria quinta, canticum Moisy) ;
– le vendredi, le cantique d’Habacuc Domine audivi (f. 155 : canticum Abacuc, feria sexta) ;
– le samedi, le cantique de Moïse Audite celi que loquor (f. 156 : feria sexta sic, au lieu de sabbato], canticum Moisy).
On retrouve également l’hymne du Te Deum, chanté à la fin de matines des dimanches et de certaines fêtes (
f. 159 : hymnus sancti Ambrosii), suivi du cantique des Trois enfants récité à laudes des mêmes jours (f. 160 : canticum trium puerorum). Puis sont copiés les cantiques dits évangéliques, parce que tirés des évangiles, et qu’on chante tous les jours à l’office :
à laudes, le Benedictus ou cantique de Zacharie (f. 161 : canticum Zacharie) ;
à vêpres, le Magnificat ou cantique de la Vierge (f. 161v : canticum beate Marie) ;
à complies, le Nunc dimittis ou cantique de Syméon (f. 162 : canticum Symeonis).
Suit immédiatement le Quicumque vult ou symbole de saint Athanase (f. 162 : Symbolum sancti] Athanasii) chanté à prime des dimanches.
Dernier élément d’origine « liturgique », la litanie des saints (
f. 164 : letania major) qui commence au f. 164v. Il s’agit d’invocations, d’abord à Dieu, puis aux saints répartis par catégorie : la Vierge, les anges, archanges et hiérarchies angéliques, les patriarches et prophètes, les apôtres et évangélistes, les martyrs, les confesseurs, les vierges et saintes. Suivent d’autres invocations demandant la délivrance des maux qui affligent l’humanité (f. 167), puis réclamant les grâces à lui accorder pour le salut de l’Eglise et des hommes (f. 167v), le tout suivi d’oraisons et de versicules (f. 168v), qui terminent la litanie (f. 170v). Au fil du texte, on relève quelques saints plutôt typiques du centre et de l’ouest de la France : saint Eutrope (f. 165v : sancte Eutropi) parmi les martyrs ; saints Paterne, Sulpice et Armagile (f. 166 : sancte Paterne..  sancte Sulpicii sic]… sancte Armagile) parmi les confesseurs ; saintes Radegonde et Rose (f. 166v : sancta Radegundis, sancta Rosa) parmi les vierges et les saintes.

f. 166 : sancte Paterne..  sancte Sulpicii sic]… sancte Armagile) parmi les confesseurs ; saintes Radegonde et Rose (f. 166v : sancta Radegundis, sancta Rosa) parmi les vierges et les saintes.

L'Art de bien mourir : Psautier de Jeanne de Laval, f. 1v Même si les emprunts au psautier liturgique semblent nombreux, il ne fait pas de doute que ce manuscrit a été rédigé en vue d’une dévotion personnelle. En témoignent les deux textes placés aux deux extrémités du volume. En tête (f. 1v Même si les emprunts au psautier liturgique semblent nombreux, il ne fait pas de doute que ce manuscrit a été rédigé en vue d’une dévotion personnelle. En témoignent les deux textes placés aux deux extrémités du volume. En tête (f. 1v) se trouve un extrait de L’art de bien mourir (De arte bene moriendi) en français ; à la fin (f. 171), des listes d’incipit (premiers mots) de psaumes à réciter pour certaines intentions particulières :
Pseaumes a exciter l’ame devote et la eslever en Dieu et a lui rendre graces (f. 171)
Pseaumes pour eslever l’ame devote a penser en la passion de Jhesu Christ (f. 171)
Pseaumes contre les assaulx des ennemis visibles et invisibles (f. 171v)
Pseaumes pour impetrer pardon des pechez et misericorde de Dieu ([f. 171v)
Pseaumes pour esperer en Dieu seul et recourir a luy en tribulation ([f. 171v)
Le tout suivies d’oraisons en latin à la Trinité (f. 172 : Ouraison de la saincte Trinité), au Christ (f. 172 : Oratio ad Filium Dei), au Saint-Esprit ([f. 172 : Ouraison du benois Saint Esperit), à la Croix ([f. 172 : De sancta cruce oracio), à Dieu qui a envoyé son Fils sauver l’humanité par sa Passion ([f. 172v : Oratio), au Saint-Sacrement ([f. 172v : De Sacramento altaris), etc.

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