Le Psautier de Jeanne de Laval

Luxueux manuscrit sur vélin, exécuté entre 1454 et 1480 pour Jeanne de Laval, reine de Naples et deuxième épouse du roi René d’Anjou, ce psautier est orné de dix grandes peintures attribuées à l’école de Jean Fouquet. Il compte parmi les plus beaux livres de la bibliothèque de la reine (Notice La bibliothèque de Jeanne de Laval par Anne-Marie Legaré), qui l’a certainement accompagnée dans sa pratique religieuse (Notice Aspects liturgiques du Psautier, par Jean-Baptiste Lebigue et Notice Les livres de dévotion des princesses, par Paola Corti).
Le destinataire est sans équivoque puisque les armoiries, parties d’Anjou et de Laval, sont peintes au folio 22. La représentation répétée d’un couple de tourterelles sur une branche de groseillier, devise du roi René dès 1454, atteste bien que le manuscrit fut exécuté pour Jeanne du vivant de son époux (Notice L’emblématique dans le Psautier, par Laurent Hablot).

Les dix grandes peintures pleine page sont rassemblées au début de l’ouvrage (f. 11 à 20) et forment ainsi un cycle iconographique complet de la Passion. L’artiste, selon l’usage de la narration continue, a regroupé sur la même page plusieurs épisodes et scènes soit à l’intérieur d’un espace unique, soit en découpant l’image en quatre compartiments. « Le Maître du Psautier de Jeanne de Laval », artiste angevin dont l’œuvre a été reconstituée par Eberhard König, emprunte certaines compositions de ses miniatures à d’autres artistes et certaines figures (f. 19 et 20) sont directement inspirées des Heures Étienne Chevalier de Jean Fouquet, ce qui confirme le prestige de ce dernier auprès des enlumineurs angevins. Mais l’artiste acquiert toute son originalité et sa force par son attachement à l’architecture gothique et surtout par son traitement de la couleur en aplats qui gomme tout effet de profondeur et crée ainsi un espace opaque qui lui est propre (Notice Maître de Jeanne de Laval, par Marine Maillard et Notice stylistique, par Jean-Baptiste Lebigue).

Comme souvent dans l’étude d’œuvres du Moyen Âge, les documents relatifs à l’histoire de l’objet tels que les comptes, les inventaires ou encore les correspondances sont rares et souvent lacunaires. Ainsi, dans le cas du Psautier de Jeanne de Laval, les seuls indices nous permettant de retracer l’histoire du manuscrit ne proviennent pas d’une source extérieure mais sont contenus dans le livre même. En plus de nous renseigner sur la propriétaire du manuscrit, les marques de possession qu’il contient sont de précieux indices lorsque l’on cherche à dater une œuvre. Ainsi, à l’aide des emblèmes et armoiries peints dans le psautier, mais également grâce à l’étude du calendrier, pouvons nous déduire qu’il fut très probablement conçu entre 1466 et 1480.
De plus, Victor Leroquais et Anne-Marie Legaré y ont relevé un autre indice de datation (Voir Bibliographie générale). Il s’agit de la présence du nom de sainte Rose de Viterbe, canonisée en 1457. La mention du nom de la sainte confirme l’hypothèse selon laquelle le manuscrit fut conçu après cette date.

Ouvrage de dévotion personnelle et voué à être facilement transportable et consultable, le Psautier de Jeanne de Laval est de petite dimension.
Éléments codicologiques et histoire du manuscrit (M. Maillard et M. Bobin)
Dimension : 230 x 160 mm.
Matériaux : parchemin.
Collation : 192 feuillets assemblés en 24 cahiers (Détails de la répartition par cahiers : page de garde-fol. 3 ; fol. 4-9 ; fol. 10-15 ; fol. 16-21 ; fol. 22-29 ; fol. 30-37 ; fol. 38-45 ; fol. 46-53 ; fol. 54-61 ; fol. 62-70 ; fol. 71-77 ; fol. 78-85 ; fol. 86-93 ; fol. 94-101 ; fol. 101-109 ; fol. 110-117 ; fol. 118-125 ; fol. 126-133 ; fol. 134-141 ; fol. 142-149 ; fol. 150-157 ; fol. 158-165 ; fol. 166-173 ; fol. 174-192)
Mise en page : justification de 149 x 100 mm. Réglure de 22 lignes par feuillets tracée à l’encre rouge.
Reliure : veau brun du XVIIe siècle.

La suite de l’histoire du Psautier de Jeanne de Laval n’est malheureusement pas connue. Seule une signature « Marillet » sur le premier feuillet constitue un indice de possession ultérieur. L’auteur de cette signature n’a par ailleurs pas été identifié. Elle fut très probablement contemporaine de la prière du XVIe siècle écrite en latin sur ce même feuillet.

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