La mise en signe du Psautier de Jeanne de Laval

Le Psautier de Jeanne de Laval de la médiathèque de Poitiers traduit bien ces fonctions du signe emblématique dans le livre de dévotion. Relativement sobre, l’héraldisation de ce livre n’en suit pas moins une véritable logique dont on peut tenter de retracer en partie le sens. Elle joue également sur l’utilisation des deux registres de signes, armoires et devises et introduit les deux dimensions de Jeanne de Laval, reine et fidèle.

Psautier de Jeanne de Laval, f. 1 Notons d’abord que le premier emblème retenu au feuillet 1 et qui attribue ce livre est la devise que la princesse partage avec son époux : les tourterelles sur la branche de groseillier. Les armoiries n’ont pas été retenues ici mais seulement la devise, plus personnelle. Ce dessin, réalisé par un main très sûre – Barthélémy d’Eyck ? – , apparemment différente de celle du maître du Psautier mais proche de celle intervenue sur les emblèmes des autres manuscrits de la reine, occupe une place considérable dans la page. Il ne s’agit pas ici d’être discret mais bien de mettre cet unique décor de la page en relation avec le texte qui le surmonte. Il s’agit d’une longue oraison en latin, invocation dont la formulation laisse presque penser à une prosopopée des tourterelles, allégorie du coupe royal. La reine et son époux se placent ici sous la protection divine. C’est le sens même de cet ouvrage destiné à devenir un des supports de leur dévotion. La figuration du couple sur le diptyque Matheron peint par Nicolas Froment vers 1475 (Paris, Musée du Louvre) ne dit pas autre chose en figurant le couple royal face à face.

Psautier de Jeanne de Laval, f. 22 : armes de René d'Anjou Il faut ensuite attendre le feuillet 22 et la fin du cycle illustré de la Passion (cf. article de Jean-Baptiste Lebigue) pour voir apparaître, au tout début du Psautier, une belle démonstration héraldique associant les armes et devises de la reine. Cette ornementation prend cette fois position à la place d’honneur, en haut et à gauche de la page. Elle introduit véritablement le texte saint par ce portrait emblématique de la reine : grandes armes d’abord, telles qu’elles se fixent chez les Montmorency dans les années 1480, portant couronne fleuronnée d’ache (le type de fleuron n’a alors aucune signification de hiérarchie nobiliaire), associée à la devise de la Janette ou fleur de compagnon ; devise ensuite, enclose dans une lettre B du Beatus vir toute de bois sec et écoté qui renaît dans le rameau de groseillier. Associée au texte saint, cette lettre de bois mort prend l’apparence du lignum vitae, le bois sec de la croix du Christ, du verbe incarné, rendu vivant par le miracle de la résurrection et le triomphe sur la mort. Par sa dévotion, son amour et son association au texte saint, le couple royal, en personne et en fonction, participe de ce message d’espérance chrétienne.

La succession des lettrines reprenant ce dernier motif, aux feuillets 22, 41v, 54v, 66v, 78v, 93v, 107v et 122, correspond au découpage des huit sections du psautier férial calées sur les jours de la semaine (cf. article de Jean-Baptiste Lebigue). Chacun de ces temps est donc placé sous le regard de la devise de la reine, créant à la fois une proximité entre le texte saint et Jeanne de Laval mais aussi une sorte de prosopopée récurrente. En « faisant lettre », la devise royale psalmodie elle-même ces chants sacrés.

Psautier de Jeanne de Laval, f. 122 L’apparition au feuillet 122 des armes de Laval Ancien associée à la lettrine chargée des tourterelles introduit une nouvelle dimension dans cette mise en signe du Livre. Le Psaume « Dixit Dominus » ouvre la huitième section du psautier férial qui débute par une série de psaumes du dimanche. Elle est donc « plus honorable » que les précédentes à l’exception du commencement du psautier (cf. article JB Lebigue). C’est ce qui justifie, comme au feuillet 22, sa mise en signe particulière sans pour autant expliquer ce choix des armes de Laval ancien au lieu de celles habituellement portée par la princesse. Le fait que Jeanne de Laval ait légué une partie de sa bibliothèque à ses nièces Montmorency et à des communautés religieuses de Laval explique peut-être ce choix héraldique. Cet écu associé à la devise de la reine renforce en tous cas la dimension plus personnelle de ce dernier office.

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